Phycocyanine contre-indications : ce qu'il faut absolument savoir avant de commencer
- Une seule contre-indication absolue : la phénylcétonurie (PKU) — la C-phycocyanine contient de la phénylalanine (EFSA, 2009).
- Avis médical obligatoire avant toute prise : maladies auto-immunes traitées par immunosuppresseurs, traitement anticoagulant ou antiplaquettaire, grossesse, allaitement.
- Informez votre médecin : pathologie thyroïdienne traitée, enfants de moins de 12 ans, intervention chirurgicale programmée (arrêt 7–10 jours avant).
- Pas de restriction connue pour les adultes en bonne santé sans traitement, aux doses usuelles de 1 à 3 g/jour de C-phycocyanine.
- Synthèse fondée sur les avis ANSES (2017), EFSA (2009) et la littérature PubMed disponible en 2026. Ce document est informatif et ne remplace pas l'avis de votre médecin.
- Phycocyanine et phénylcétonurie : la seule contre-indication absolue
- Maladies auto-immunes et immunosuppresseurs
- Anticoagulants et antiplaquettaires
- Grossesse et allaitement : principe de précaution
- Pathologies thyroïdiennes : la nuance spiruline vs phycocyanine extraite
- Enfants, chirurgie programmée, insuffisance d'organe
- Récapitulatif : trois niveaux de précaution
- Ce que cet article ne couvre pas
- FAQ
La phycocyanine est, dans les données disponibles, un complément bien toléré par la grande majorité des adultes en bonne santé. Certaines situations médicales justifient cependant une vérification sérieuse avant tout début de cure. La question « phycocyanine contre indications » fait partie des plus fréquemment posées à nos équipes — et elle mérite une réponse précise, sourcée, sans raccourci.
Ce guide distingue trois niveaux. Les contre-indications absolues : non-démarrage sans exception. Les situations qui réclament un avis médical préalable obligatoire. Et les contextes où la phycocyanine peut être utilisée sans restriction particulière. Chaque point s'appuie sur un avis réglementaire identifié (ANSES, EFSA) ou sur une publication PubMed citée nommément. Aucune contre-indication n'est inventée, aucune n'est minimisée pour des raisons commerciales.
1. Phycocyanine et phénylcétonurie : la seule contre-indication absolue
Contre-indication absolue
Toute personne atteinte de phénylcétonurie (PKU) ne doit pas consommer de phycocyanine, quelles que soient la forme (liquide, gélule, poudre) et la dose.
La phénylcétonurie (PKU) est une maladie métabolique héréditaire rare — environ 1 naissance sur 17 000 en France depuis 1980, soit une cinquantaine de cas dépistés chaque année selon Orphanet. Elle résulte d'un déficit en phénylalanine hydroxylase, l'enzyme qui convertit la phénylalanine en tyrosine. Faute de cette conversion, la phénylalanine s'accumule à des concentrations toxiques pour le système nerveux central et impose un régime alimentaire pauvre en phénylalanine maintenu à vie.
Or la C-phycocyanine est une phycoprotéine : une protéine pigmentaire dont les chaînes d'acides aminés contiennent de la phénylalanine. L'EFSA (Panel NDA, EFSA Journal 2009;7(10):1027) précise que les produits dérivés de Spirulina platensis « contiennent de la phénylalanine et sont donc déconseillés aux personnes atteintes de phénylcétonurie ». Cette mention figure dans l'avis scientifique de référence européen.
Cette contre-indication ne souffre aucune nuance de dosage : même de faibles apports en phénylalanine sont problématiques chez une personne PKU, dont l'alimentation est strictement comptée depuis la naissance. Le seuil de tolérance individuelle est défini par le centre de référence métabolique qui suit le patient — la phycocyanine ne s'inscrit pas dans ce cadre.
Note pratique : Les personnes atteintes de PKU le savent depuis la naissance — le dépistage néonatal universel existe en France depuis 1972 (test de Guthrie sur prélèvement à J3, source Orphanet). Si vous n'avez jamais été identifiée comme PKU dans votre suivi médical, vous ne l'êtes très probablement pas. En cas de doute, votre médecin traitant ou un généticien peut clarifier la situation.
2. Maladies auto-immunes et immunosuppresseurs
Avis médical obligatoire
En cas de maladie auto-immune ou de traitement par immunosuppresseurs, ne commencez pas de cure de phycocyanine sans en avoir parlé à votre médecin référent (rhumatologue, neurologue, gastro-entérologue, interniste selon la pathologie).
La phycocyanine possède des propriétés immunomodulatrices et anti-inflammatoires documentées in vitro et sur modèles animaux. Plusieurs publications rapportent une modulation de l'activité macrophagique, des cellules NK (Natural Killer) et des cytokines, ainsi qu'une activité anti-radicalaire et anti-inflammatoire en modèle murin — voir Romay et al., Inflammation Research, 1998 (PMID 9495584), Liu et al., Journal of Applied Phycology, 2000 (DOI 10.1023/A:1008132210772) et Romay et al., Current Protein & Peptide Science, 2003 (PMID 12769719).
Pour une personne en bonne santé, cette modulation discrète de l'immunité est précisément l'un des effets recherchés (voir notre article phycocyanine et immunité : comment elle renforce les défenses naturelles). Pour une personne atteinte d'une maladie auto-immune — lupus érythémateux disséminé, polyarthrite rhumatoïde, sclérose en plaques, maladie de Crohn, rectocolite hémorragique, thyroïdite de Hashimoto, psoriasis sévère — ou traitée par immunosuppresseurs (méthotrexate, azathioprine, mycophénolate, biothérapies anti-TNF, corticoïdes au long cours), cette même modulation pourrait :
- Activer des voies immunitaires que le traitement cherche précisément à freiner ;
- Diminuer théoriquement l'efficacité de l'immunosuppresseur ;
- Précipiter une poussée inflammatoire dans une pathologie où le système immunitaire s'emballe déjà.
Il faut le dire clairement : aucun essai clinique contrôlé chez l'humain ne confirme ni n'infirme à ce jour ce risque pour la phycocyanine isolée. L'absence de données défavorables n'équivaut pas à une preuve d'innocuité ; elle traduit avant tout une littérature clinique encore mince sur cette population. C'est précisément cette incertitude qui justifie l'avis médical préalable, et non un confort éditorial.
Pour les pathologies auto-immunes non traitées ou en rémission durable, sans immunosuppresseur en cours, l'évaluation reste à conduire au cas par cas avec le médecin référent.
3. Anticoagulants et antiplaquettaires
Avis médical obligatoire
En cas de traitement anticoagulant (warfarine, acenocoumarol, fluindione, rivaroxaban, apixaban, dabigatran, édoxaban) ou antiplaquettaire (clopidogrel, ticagrélor, prasugrel, aspirine à dose cardiologique), signalez la phycocyanine à votre médecin ou cardiologue avant toute prise.
Une étude publiée dans le Journal of Agricultural and Food Chemistry — Hsiao et al., 2005 ; 53(20):7734–7740 ; PMID 16190625 ; DOI 10.1021/jf051352y[1] — a montré, sur plaquettes humaines isolées in vitro et chez le rat, que la C-phycocyanine inhibe l'agrégation plaquettaire à des concentrations très faibles (0,5 à 10 nM), via inhibition de la mobilisation du calcium intracellulaire et de la formation du thromboxane A2. Cet effet antiplaquettaire pourrait théoriquement additionner ses effets à ceux d'un traitement anticoagulant ou antiplaquettaire déjà en place.
Un essai clinique randomisé chez l'humain — Jensen et al., Journal of Medicinal Food, 2016 ; DOI 10.1089/jmf.2015.0143 — a testé pendant 2 semaines un extrait de phycocyanine apportant environ 1 g/jour chez 24 adultes en bonne santé, et n'a observé aucune modification cliniquement détectable des marqueurs de coagulation (TCA, temps de thrombine, fibrinogène) ni des marqueurs d'activation plaquettaire (P-sélectine). Cet essai est rassurant pour les adultes en bonne santé, mais il ne dispense pas de prudence chez les patients déjà sous traitement anticoagulant ou antiplaquettaire : la population étudiée ne comportait pas ces profils.
Les risques d'un cumul non surveillé sont concrets et identifiables :
- Allongement du temps de saignement (épistaxis spontanés, gingivorragies, ecchymoses faciles) ;
- Hématomes plus fréquents ou plus étendus après un traumatisme banal ;
- Déséquilibre de l'INR chez les patients sous antivitamine K (warfarine, acenocoumarol, fluindione) — un paramètre déjà délicat à stabiliser.
À ce jour, aucun essai clinique humain ne quantifie précisément ce risque à des doses usuelles de phycocyanine. Certains patients sous anticoagulants en consomment sans incident apparent ; cette absence de rapport spontané ne constitue pas une preuve d'innocuité. La conduite prudente est simple : informer le médecin prescripteur et, pour les patients sous AVK, contrôler l'INR dans les 2 à 3 semaines suivant le début de cure puis selon le rythme habituel.
4. Grossesse et allaitement : principe de précaution
Avis médical obligatoire — abstention recommandée par défaut
Par application du principe de précaution, l'abstention est recommandée pendant la grossesse et l'allaitement. Une évaluation personnalisée par une sage-femme ou un gynécologue est possible si une situation particulière le justifie.
L'ANSES, dans son avis Saisine 2014-SA-0096 (publié le 4 août 2017, PDF)[2], appelle à la plus grande prudence vis-à-vis des compléments alimentaires à base de spiruline et de ses dérivés pendant la grossesse, pour deux raisons principales :
- Absence de données cliniques suffisantes chez la femme enceinte ou allaitante pour conclure à une innocuité totale de la phycocyanine ;
- Vigilance renforcée vis-à-vis des contaminations potentielles des produits à base de cyanobactéries (microcystines, métaux lourds — plomb, mercure, arsenic), même si les extraits de phycocyanine de qualité font l'objet d'un contrôle laboratoire systématique.
Aucune donnée animale ne classe la phycocyanine parmi les substances tératogènes, mais cette absence de signal négatif n'est pas une preuve d'innocuité. Aucune publication n'évalue par ailleurs le passage de la C-phycocyanine dans le lait maternel ni ses effets éventuels sur le nourrisson. Par précaution, nous déconseillons la phycocyanine pendant la grossesse et l'allaitement, sauf décision contraire prise individuellement avec votre médecin ou votre sage-femme dans une situation clinique particulière.
5. Pathologies thyroïdiennes : la nuance spiruline vs phycocyanine extraite
La confusion fréquente entre la spiruline entière et la phycocyanine extraite mérite d'être clarifiée — elle modifie complètement le profil de précaution thyroïdien.
Spiruline entière : la poudre de spiruline contient typiquement entre 15 et 40 µg d'iode par gramme selon les lots et les conditions de culture (eau, milieu, fertilisation). À des doses de 5 à 10 g de poudre par jour, l'apport iodé peut devenir significatif et interférer avec une pathologie thyroïdienne ou avec un traitement par lévothyroxine.
Phycocyanine liquide extraite à froid par voie aqueuse (procédé utilisé par Dohrnii — détaillé dans notre article extraction à froid phycocyanine : pourquoi le procédé change tout à la qualité) : l'extraction sélectionne la phycoprotéine bleue tout en laissant la majorité des minéraux — dont l'iode — dans le rétentat algal. La teneur résiduelle en iode est très faible, parfois indétectable selon les analyses de lot. Cette distinction est cohérente avec les analyses de composition disponibles dans l'avis EFSA NDA 2009 sur Spirulina platensis, qui distingue clairement le profil de la biomasse entière de celui des extraits aqueux ciblés.
En pratique : Si vous êtes suivie pour une hypothyroïdie, une hyperthyroïdie, une thyroïdite de Hashimoto ou un cancer thyroïdien, la phycocyanine extraite présente a priori un risque iodé beaucoup plus faible que la poudre de spiruline. Signalez néanmoins tout nouveau complément à votre endocrinologue : les traitements thyroïdiens sont sensibles, les profils individuels varient, et la teneur résiduelle en iode dépend du procédé de chaque fabricant — un point à valider sur l'analyse de lot.
Pour comprendre plus largement les différences entre l'algue entière et la protéine isolée, lisez notre article phycocyanine vs spiruline : les vraies différences.
6. Enfants, chirurgie programmée, insuffisance d'organe
Enfants de moins de 12 ans
Aucune donnée pédiatrique solide n'évalue la sécurité ou l'efficacité de la phycocyanine isolée chez l'enfant. Par défaut, l'usage est réservé aux adultes. Toute supplémentation chez un mineur doit être discutée avec le pédiatre, et justifiée par une indication claire — un enfant en bonne santé n'a pas besoin de complément à base d'algues.
Avant une intervention chirurgicale
L'effet antiplaquettaire suggéré par Hsiao et al. (2005, PMID 16190625)[1], même s'il n'a pas été retrouvé cliniquement chez l'adulte sain dans l'essai Jensen 2016, justifie par prudence d'arrêter la phycocyanine 7 à 10 jours avant une intervention programmée, comme pour tout complément susceptible d'agir sur l'hémostase. Signalez systématiquement vos compléments à l'anesthésiste lors de la consultation pré-opératoire. En urgence chirurgicale, prévenez l'équipe médicale de la prise en cours.
Insuffisance rénale ou hépatique sévère
Aucune toxicité hépatique ou rénale n'est documentée pour la phycocyanine purifiée à doses usuelles dans la littérature disponible. Mais la prudence générale vis-à-vis de tout complément chez les patients insuffisants rénaux ou hépatiques sévères s'applique : évaluation médicale obligatoire avant la cure, et adaptation éventuelle du dosage selon la fonction d'organe résiduelle.
Pathologies oncologiques en cours de traitement
Aucune association entre phycocyanine et chimiothérapies, immunothérapies ou radiothérapies n'est documentée de façon suffisamment robuste pour conclure à une absence d'interaction. Aucune prise de complément ne doit être démarrée sans l'accord explicite de l'oncologue référent.
7. Récapitulatif : trois niveaux de précaution
| Situation | Niveau | Que faire ? |
|---|---|---|
| Phénylcétonurie (PKU) | Contre-indication absolue | Ne pas prendre de phycocyanine. Aucune exception, aucune dose. |
| Maladie auto-immune + immunosuppresseurs | Avis médical obligatoire | Consulter le médecin référent (rhumatologue, neurologue, gastro-entérologue, interniste) avant toute cure. |
| Anticoagulants / antiplaquettaires | Avis médical obligatoire | Informer le médecin ou le cardiologue. Pour les AVK : INR à recontrôler en début de cure. |
| Grossesse | Avis médical obligatoire | Abstention par précaution recommandée. Discuter avec la sage-femme ou le gynécologue si besoin. |
| Allaitement | Avis médical obligatoire | Abstention par précaution recommandée. Discuter avec le médecin ou la sage-femme. |
| Pathologie thyroïdienne traitée | Informer le médecin | Risque iodé réduit avec la phycocyanine extraite, mais signaler à l'endocrinologue. |
| Enfants (moins de 12 ans) | Avis médical recommandé | Absence de données pédiatriques. Demander conseil au pédiatre, justifier l'indication. |
| Chirurgie programmée | Arrêt préopératoire | Arrêter la phycocyanine 7 à 10 jours avant. Le signaler à l'anesthésiste. |
| Insuffisance rénale ou hépatique sévère | Avis médical obligatoire | Évaluation médicale préalable et adaptation éventuelle du dosage. |
| Pathologie oncologique en cours de traitement | Avis médical obligatoire | Aucune prise sans accord explicite de l'oncologue. |
| Adulte en bonne santé, pas de traitement | Pas de restriction connue | Doses usuelles 1 à 3 g/jour de C-phycocyanine bien tolérées dans les données disponibles. |
8. Ce que cet article ne couvre pas
Limites de ce guide
- Les interactions médicamenteuses spécifiques hors anticoagulants et immunosuppresseurs. La base VIDAL et votre pharmacien peuvent vérifier des associations non listées ici (antiépileptiques, antidiabétiques, antihypertenseurs, antidépresseurs sérotoninergiques notamment).
- Les allergies aux algues, rares mais possibles. Une sensibilisation préexistante aux cyanobactéries ou aux algues marines justifie une évaluation individuelle.
- Les profils nutritionnels carencés (régimes restrictifs sévères, malabsorptions intestinales). Une cure de phycocyanine ne corrige pas une carence en B12, en fer ou en vitamine D — elle n'a pas vocation à remplacer un bilan biologique.
- Les effets attendus de la phycocyanine (énergie, immunité, récupération). Ces données positives sont traitées dans nos autres articles, dont notre guide pratique de prise de la phycocyanine.
- Les critères de choix d'une phycocyanine de qualité (extraction à froid, certifications, analyses de lot). Pour cela, voir notre comparatif phycocyanine française 2026.
Voir la phycocyanine Dohrnii →
FAQ — Questions fréquentes sur les contre-indications de la phycocyanine
Quelles sont les contre-indications de la phycocyanine ?
Une seule contre-indication absolue : la phénylcétonurie (PKU), car la C-phycocyanine contient de la phénylalanine. Quatre situations nécessitent un avis médical avant toute prise : maladies auto-immunes sous immunosuppresseurs, traitement anticoagulant ou antiplaquettaire, grossesse, allaitement. Deux situations demandent d'informer le médecin : pathologie thyroïdienne traitée, enfants de moins de 12 ans. Un arrêt préopératoire de 7 à 10 jours est recommandé avant chirurgie programmée. Pour un adulte en bonne santé sans traitement, aucune restriction n'est documentée aux doses usuelles de 1 à 3 g/jour de C-phycocyanine.
La phycocyanine est-elle contre-indiquée en cas de phénylcétonurie ?
Oui, c'est la seule contre-indication absolue unanimement reconnue. La C-phycocyanine contient de la phénylalanine dans sa structure d'acides aminés. L'EFSA (Panel NDA, EFSA Journal 2009;7(10):1027) le mentionne explicitement pour Spirulina platensis et ses dérivés. Aucune dose n'est sûre pour une personne PKU, quelle que soit la forme du produit (liquide, gélule, poudre).
Peut-on prendre de la phycocyanine quand on a une maladie auto-immune ?
Pas sans avis médical préalable. La C-phycocyanine module l'immunité et l'inflammation selon des données in vitro et animales (Romay et al., Inflammation Research, 1998 — PMID 9495584 ; Liu et al., J Appl Phycol, 2000 — DOI 10.1023/A:1008132210772 ; Romay et al., Curr Protein Pept Sci, 2003 — PMID 12769719). En cas de lupus, polyarthrite rhumatoïde, sclérose en plaques, MICI, thyroïdite de Hashimoto, psoriasis sévère, et surtout sous immunosuppresseurs (méthotrexate, biothérapies anti-TNF, corticoïdes au long cours), ce mécanisme pourrait interférer. Aucun essai clinique humain dans ces pathologies ne confirme ni n'infirme ce risque à ce jour : c'est précisément pourquoi la prudence et l'avis médical s'imposent.
La phycocyanine interagit-elle avec les anticoagulants ?
Une interaction est plausible. Hsiao et al. (J Agric Food Chem, 2005 ; PMID 16190625 ; DOI 10.1021/jf051352y) ont montré in vitro sur plaquettes humaines et chez le rat que la C-phycocyanine inhibe l'agrégation plaquettaire via l'inhibition du calcium intracellulaire et du thromboxane A2. Un essai clinique randomisé chez 24 adultes en bonne santé (Jensen et al., J Med Food, 2016 ; DOI 10.1089/jmf.2015.0143) n'a cependant observé aucune modification cliniquement détectable des marqueurs de coagulation à environ 1 g/jour pendant 2 semaines — mais cet essai n'incluait pas de patients déjà sous anticoagulants. Sous warfarine, acenocoumarol, fluindione, rivaroxaban, apixaban, dabigatran, clopidogrel, ticagrélor, prasugrel ou aspirine à dose cardiologique, signalez la phycocyanine à votre médecin ou cardiologue avant toute prise. Pour les patients sous AVK, l'INR doit être recontrôlé en début de cure.
La phycocyanine est-elle contre-indiquée pendant la grossesse ?
Les données cliniques chez la femme enceinte sont insuffisantes pour conclure à une innocuité. L'ANSES (avis Saisine 2014-SA-0096, publié en 2017) recommande la plus grande prudence vis-à-vis des compléments à base de spiruline pendant la grossesse. Par application du principe de précaution, nous déconseillons la phycocyanine en cours de grossesse, sauf avis contraire individuel de votre médecin ou sage-femme dans une situation clinique particulière.
Peut-on prendre de la phycocyanine pendant l'allaitement ?
Par extension du principe de précaution appliqué à la grossesse, l'ANSES déconseille les compléments à base de spiruline et dérivés pendant l'allaitement. Aucune donnée publiée n'évalue le passage de la C-phycocyanine dans le lait maternel ni ses effets sur le nourrisson. Demandez conseil à votre médecin ou sage-femme avant toute supplémentation.
Y a-t-il des contre-indications liées à la thyroïde ?
La spiruline entière est riche en iode (15 à 40 µg/g selon les lots) et justifie la prudence en cas de pathologie thyroïdienne traitée. La phycocyanine extraite par voie aqueuse à froid contient peu ou pas d'iode résiduel, la protéine pigmentaire étant isolée des minéraux. Si vous êtes suivie pour une hypothyroïdie, une hyperthyroïdie, une thyroïdite ou un cancer thyroïdien, signalez tout nouveau complément à votre endocrinologue ; les traitements thyroïdiens sont sensibles aux interactions et les analyses de composition peuvent varier d'un fabricant à l'autre.
Les enfants peuvent-ils prendre de la phycocyanine ?
Aucune donnée pédiatrique solide n'évalue la sécurité ou l'efficacité de la phycocyanine isolée chez l'enfant de moins de 12 ans. Par défaut, l'usage est réservé aux adultes. Pour un mineur, demandez l'avis du pédiatre : toute supplémentation doit être justifiée par une indication claire et encadrée.
Faut-il arrêter la phycocyanine avant une intervention chirurgicale ?
Par prudence, oui : l'effet antiplaquettaire suggéré par Hsiao et al. (2005, PMID 16190625), même non retrouvé cliniquement chez l'adulte sain dans l'essai Jensen 2016, justifie d'interrompre la phycocyanine au moins 7 à 10 jours avant une intervention programmée — comme pour tout complément susceptible d'agir sur l'hémostase. Signalez systématiquement vos compléments à l'anesthésiste lors de la consultation pré-opératoire. En urgence chirurgicale, prévenez l'équipe médicale de la prise en cours.
Quels sont les effets indésirables de la phycocyanine aux doses usuelles ?
Aux doses usuelles de 1 à 3 g/jour de C-phycocyanine, les effets indésirables rapportés dans la littérature disponible sont rares et bénins : nausées, inconfort gastrique, selles plus molles en début de cure, généralement transitoires. La phycocyanine purifiée n'a pas montré, dans les données disponibles, de toxicité hépatique ou rénale aux doses normales. À ne pas confondre avec les extraits de cyanobactéries contaminés par des microcystines (toxines hépatiques produites par certaines souches) — absentes dans un lot contrôlé en laboratoire indépendant.
Sources réglementaires et scientifiques
- EFSA Panel on Dietetic Products, Nutrition and Allergies (NDA) — Scientific Opinion on the safety of 'Spirulina platensis' as food or food ingredient. EFSA Journal, 2009 ; 7(10):1027. Texte intégral.
- ANSES — Avis relatif aux risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant de la spiruline. Saisine 2014-SA-0096. Maisons-Alfort : ANSES, 4 août 2017. Avis PDF[2].
- Romay Ch, Armesto J, Remirez D, González R, Ledon N, García I. — Antioxidant and anti-inflammatory properties of C-phycocyanin from blue-green algae. Inflammation Research, 1998 ; 47(1):36–41. PubMed 9495584[3].
- Liu Y, Xu L, Cheng N, Lin L, Zhang C. — Inhibitory effect of phycocyanin from Spirulina platensis on the growth of human leukemia K562 cells. Journal of Applied Phycology, 2000 ; 12 : 125–130. DOI 10.1023/A:1008132210772.
- Romay C, González R, Ledón N, Remirez D, Rimbau V. — C-Phycocyanin: A biliprotein with antioxidant, anti-inflammatory and neuroprotective effects. Current Protein & Peptide Science, 2003 ; 4(3):207–216. PubMed 12769719[4].
- Hsiao G, Chou PH, Shen MY, Chou DS, Lin CH, Sheu JR. — C-Phycocyanin, a very potent and novel platelet aggregation inhibitor from Spirulina platensis. Journal of Agricultural and Food Chemistry, 2005 ; 53(20):7734–7740. PubMed 16190625[1] ; DOI 10.1021/jf051352y.
- Jensen GS, Drapeau C, Lenninger M, Benson KF. — Clinical Safety of a High Dose of Phycocyanin-Enriched Aqueous Extract from Arthrospira (Spirulina) platensis: Results from a Randomized, Double-Blind, Placebo-Controlled Study with a Focus on Anticoagulant Activity and Platelet Activation. Journal of Medicinal Food, 2016 ; 19(7):645–653. PMC 4948198[5] ; DOI 10.1089/jmf.2015.0143.
- Orphanet — Feillet F. — La phénylcétonurie. Encyclopédie Orphanet. Document PDF ; fiche maladie. Incidence en France depuis 1980 : 1 / 17 000 ; dépistage néonatal systématique depuis 1972.
- HAS — Haute Autorité de Santé — Phénylcétonurie : Protocole National de Diagnostic et de Soins (PNDS). Saint-Denis : HAS. Page PNDS.
Avertissement médical important
- Ces informations sont fournies à titre informatif uniquement. Elles ne remplacent pas l'avis, le diagnostic ou le traitement d'un professionnel de santé qualifié.
- Si vous prenez des médicaments sur ordonnance, si vous êtes enceinte, si vous allaitez ou si vous souffrez d'une pathologie chronique, consultez votre médecin ou votre pharmacien avant toute supplémentation.
- En cas d'effet indésirable inattendu (saignement, hématome, signe inflammatoire, troubles digestifs persistants), interrompez la prise et contactez votre médecin.
- En cas de doute, l'abstention est toujours préférable à la prise de risque non évaluée.
Sources
Références scientifiques et institutionnelles consultées pour la rédaction de cet article.