Phycocyanine et thyroide : ce que dit la recherche (2026)

Actualité — Depuis juillet 2026, une analyse publiée dans Biological Trace Element Research a dosé la composition élémentaire de compléments à base de spiruline du commerce et montré une variabilité importante d'un produit à l'autre, l'apport en fer ne représentant que 3 à 4 % des apports de référence à raison d'un gramme par jour (Biological Trace Element Research, 25 juillet 2026).

Fiole de verre remplie d'un pigment bleu intense posée près d'une petite quantité de poudre d'algue bleu-vert, une goutte de l'extrait se diffusant dans un bol d'eau claire, lumière naturelle douce.

La spiruline n'est pas une algue marine : c'est une cyanobactérie d'eau douce, et la phycocyanine en est un pigment extrait. Son profil en iode n'a donc rien de commun avec le kombu, le wakamé ou le fucus. Sur un terrain thyroïdien sous traitement, la question se pose néanmoins à votre médecin.

Pourquoi les algues marines inquiètent en cas de thyroïde

Les algues marines brunes — kombu, wakamé, fucus, laminaire — peuvent être très riches en iode, et un excès d'iode peut perturber un équilibre thyroïdien déjà fragile. C'est cette réalité qui fonde la prudence de nombreuses personnes suivies pour la thyroïde.

La thyroïde a besoin d'iode pour fabriquer ses hormones, mais cet équilibre est étroit : un apport excessif peut, chez certaines personnes, dérégler une glande déjà sous surveillance. Or les algues brunes concentrent l'iode de l'eau de mer à des niveaux parfois très élevés et très variables d'un lot à l'autre. L'ANSES a d'ailleurs appelé à la vigilance sur les compléments alimentaires à base d'algues en raison de leur teneur en iode [3].

  • Kombu et laminaire — parmi les végétaux marins les plus concentrés en iode.
  • Wakamé — teneur élevée et fluctuante selon la provenance.
  • Fucus — fréquent dans des formulations vendues pour la ligne, souvent sans mention claire de la dose d'iode.

Face à cela, écarter par principe tout ce qui porte le nom d'« algue » est un réflexe compréhensible. Il repose pourtant sur une confusion de vocabulaire, car ce mot recouvre des organismes biologiquement très éloignés.

La spiruline, une cyanobactérie d'eau douce

La spiruline n'est pas une algue marine mais une cyanobactérie qui se développe en eau douce alcaline. Elle ne puise pas son iode dans l'eau de mer, contrairement aux algues brunes.

La spiruline (Arthrospira platensis) est une cyanobactérie filamenteuse cultivée en bassins d'eau douce, et non un végétal marin. Cette différence de milieu de vie explique pourquoi il n'y a aucune raison de lui prêter le profil en iode du kombu ou du fucus : elle ne vit pas dans le même environnement.

Cela ne veut pas dire que sa composition est mirobolante. L'analyse publiée en juillet 2026 dans Biological Trace Element Research a mesuré la composition élémentaire de plusieurs spirulines du commerce et mis en évidence une variabilité importante d'un produit à l'autre, avec un apport en fer limité à 3 à 4 % des apports de référence pour un gramme par jour [1]. Cette étude n'a pas dosé l'iode : elle ne permet donc pas de conclure qu'il n'y en a pas. Ce qu'elle rappelle est plus utile encore : la composition minérale réelle d'une spiruline est mesurable, modeste, et bien plus nuancée que ne le laisse croire le mot « superaliment ».

Critère Algues marines brunes Spiruline (algue verte entière) Phycocyanine
Nature biologique Algue marine Cyanobactérie d'eau douce Pigment extrait de la spiruline
Milieu de vie Eau de mer Eau douce alcaline — (molécule isolée)
Iode Souvent élevé et variable Non concentré depuis l'eau de mer Non concerné
Minéraux (fer, magnésium, zinc) Variables Présents, en quantités modestes Absents (pigment seul)

Phycocyanine : un pigment extrait, pas l'algue entière

La phycocyanine est le pigment bleu extrait de la spiruline. C'est une molécule isolée : elle n'apporte pas les minéraux (fer, magnésium, zinc) présents dans l'algue verte entière.

Voici la distinction que je répète le plus souvent, parce qu'elle est gommée partout : la spiruline verte est l'algue entière, qui apporte du fer, du magnésium et du zinc en quantités modestes ; la phycocyanine est une molécule seule, le pigment bleu que l'on en extrait, et qui n'apporte pas ces minéraux. Confondre les deux crée des attentes fausses dans les deux sens : espérer un apport en fer d'une phycocyanine liquide n'a pas de sens, pas plus que craindre pour l'iode d'un pigment isolé.

Pour ma part, je documente ma propre production. Chez Dohrnii, j'indique une concentration de 4 000 mg/L de C-phycocyanine, une extraction aqueuse à froid sans solvant, une spiruline cultivée en France sous serre et un séchage sous 50 degrés, avec des analyses COFRAC par lot. Ce sont les informations que je fournis sur ma phycocyanine liquide française, et non des conclusions de la recherche indépendante. Pour aller plus loin sur ces distinctions, j'ai détaillé la différence entre spiruline bleue et verte et la confusion fréquente autour du fer.

Ce que la recherche mesure sur phycocyanine et thyroïde

À ce jour, les données spécifiques sur la phycocyanine et la fonction thyroïdienne humaine sont limitées. La recherche documente surtout ses propriétés antioxydantes, sans établir d'effet thyroïdien.

La littérature sur la phycocyanine porte principalement sur ses propriétés antioxydantes, étudiées en laboratoire et sur modèle animal [2]. Dans le cadre réglementaire européen, on peut dire qu'un antioxydant contribue à la protection des cellules contre le stress oxydatif ; en revanche, aucune allégation de santé spécifique à la phycocyanine n'est autorisée au registre de l'EFSA [5], et je n'en formulerai donc aucune.

Distinguons proprement ce que l'on sait de ce que l'on ne sait pas :

  • Ce qui est documenté : des propriétés antioxydantes observées dans des travaux expérimentaux.
  • Ce qui n'est pas établi : un effet, favorable ou défavorable, de la phycocyanine sur la fonction thyroïdienne humaine. L'absence de données ne vaut ni garantie d'innocuité, ni signal d'alerte.
Main inclinant un bécher d'eau claire dans lequel des paillettes de spiruline bleu-vert restent en suspension, sous une lumière naturelle froide et tamisée.

Terrain thyroïdien sous traitement : la question du timing

Si vous prenez un traitement thyroïdien comme la lévothyroxine, tout complément se discute avec votre médecin, notamment à cause du moment de prise. La lévothyroxine s'absorbe à jeun et de nombreuses substances peuvent modifier son absorption.

La lévothyroxine est un médicament dont l'absorption est sensible : elle se prend à jeun, et divers aliments, boissons et compléments (le calcium, le fer ou le café, par exemple) peuvent en modifier l'absorption s'ils sont pris trop près. C'est pourquoi, même pour un pigment sans iode, la question de l'espacement et du moment de prise reste pertinente. Je ne peux pas — et ne dois pas — vous donner de consigne d'ajustement : cela relève exclusivement de votre médecin ou de votre pharmacien.

Ce que vous pouvez utilement aborder avec lui :

  1. Signaler tout complément que vous prenez, y compris une phycocyanine, avant de l'introduire.
  2. Demander le bon espacement par rapport à votre prise de lévothyroxine.
  3. Convenir d'un suivi biologique si un doute persiste.

Pour l'axe « compléments et ordonnance » plus largement, j'ai rassemblé les points de vigilance dans l'article dédié aux contre-indications de la phycocyanine. Aucun de ces éléments ne remplace l'avis de votre médecin.

Ce que la science ne dit pas encore

L'absence de risque thyroïdien général de la phycocyanine n'est pas établie : elle n'est simplement pas documentée, dans un sens comme dans l'autre. Prudence et avis médical restent la règle.

Par honnêteté, voici les limites que j'assume :

  • Il n'existe pas, à ma connaissance, d'étude clinique dédiée à la phycocyanine et à la fonction thyroïdienne humaine.
  • Le fait que la spiruline soit une cyanobactérie d'eau douce écarte la logique « algue marine = iode », mais ne dispense pas d'un avis médical sur un terrain thyroïdien.
  • La qualité et la pureté varient beaucoup d'un produit à l'autre : les analyses par lot et la traçabilité restent des repères concrets pour le consommateur.

Autrement dit : la confusion « algue = danger pour la thyroïde » ne s'applique pas telle quelle à un pigment d'eau douce, mais la bonne réponse individuelle passe toujours par votre médecin, pas par une règle générale.

Questions fréquentes

La spiruline est-elle une algue marine riche en iode ?

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Non. La spiruline est une cyanobactérie d'eau douce, pas une algue marine. Elle ne concentre pas l'iode de l'eau de mer, contrairement au kombu, au wakamé ou au fucus. La crainte liée à l'iode des algues brunes ne se transpose donc pas directement à la spiruline.

La phycocyanine apporte-t-elle du fer, du magnésium ou du zinc ?

Voir la réponse

Non. La phycocyanine est le pigment bleu extrait de la spiruline, une molécule isolée. Ces minéraux se trouvent dans la spiruline verte entière, pas dans le pigment seul. Attendre un apport en fer d'une phycocyanine n'a pas de sens.

Peut-on associer la phycocyanine à la lévothyroxine ?

Voir la réponse

Cette question relève de votre médecin. La lévothyroxine s'absorbe à jeun et de nombreuses substances peuvent modifier son absorption selon le moment de prise. Signalez tout complément avant de l'introduire et demandez le bon espacement. Aucune adaptation ne doit se décider seul.

La phycocyanine agit-elle sur la fonction thyroïdienne ?

Voir la réponse

Les données spécifiques sont limitées. La recherche documente surtout des propriétés antioxydantes ; un effet, favorable ou défavorable, sur la thyroïde humaine n'est pas établi. L'absence de données ne vaut ni garantie d'innocuité, ni signal d'alerte : d'où l'importance de l'avis médical sur un terrain thyroïdien.

Faut-il éviter la phycocyanine quand on est suivi pour la thyroïde ?

Voir la réponse

Il n'y a pas de règle générale : la décision se prend avec votre médecin, en tenant compte de votre situation et de votre traitement. La logique « algue marine riche en iode » ne s'applique pas à un pigment d'eau douce, mais cela ne remplace pas un avis personnalisé.

Par Véronique de Bernonville, Co-fondatrice Dohrnii. Je conçois et documente une phycocyanine liquide extraite d'une spiruline cultivée en France, avec un souci constant de transparence sur ce que la science établit — et sur ce qu'elle n'établit pas.

Un complément alimentaire ne remplace ni un avis médical, ni un traitement prescrit, ni une alimentation variée et équilibrée. En cas de symptômes persistants ou de doute, parlez-en à un professionnel de santé.

Sources

  1. Biological Trace Element Research, analyse de la composition élémentaire de compléments à base de spiruline du commerce, 25 juillet 2026. Fiche PubMed.
  2. Romay C. et al., propriétés antioxydantes de la C-phycocyanine, Current Protein & Peptide Science, 2003.
  3. ANSES, avis relatif aux risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant des algues et à leur teneur en iode, 2018.
  4. ANSES, avis relatif aux risques liés à la consommation de compléments alimentaires à base de spiruline, 2017.
  5. EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments), registre des allégations de santé autorisées et rejetées.
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